Classé dans : Chargés de cours, Syndicats, Université Laval, grève, négociation collective, relations de travail
La grève des chargés de cours semble vouloir s’éterniser à l’Université Laval. De passage au Ministère du Travail la semaine dernière, je n’ai pu m’empêcher d’aller faire un tour sur l’étage “des conciliateurs”. Le gouvernement en a mobilisé deux pour le dossier. Et pas les moindres. Quand les parties travaillent isolées, avec chacun leur propre conciliateur… c’est que la négo est vraiment à un stade critique, que la communication entre les parties ne passe pas.
L’Université est même passé en mode “sauvons la session“. Ça ressemble plus à une stratégie de négociation pour faire freaker les étudiants, mais ça, disons que c’est de bonne guerre.
LES APPUIS :
Devant le développement de ce conflit qui semble vouloir s’éterniser, le SPUL appui les Chargés et chargées de cours (CC). Un geste qui n’est pas désintéressé soulignons-le, étant donné que ce syndicat entrera lui aussi en négociation et qu’il voudra certainement maintenir l’écart de salaire avec les CCs.
Mais c’est tout de même un appui. Et important. Le SPUL n’a vraiment pas l’habitude de se mouiller.
Parlant de ne pas avoir l’habitude de se mouiller, les étudiants, eux, n’appuient pas. Ni la direction, ni les CCs. Entendons-nous, jouer les tiers partie dans un processus de négociation, c’est extrêmement stratégique et délicat. Mais c’est un pouvoir qui doit servir si on veut, justement, “un règlement rapide du conflit”, comme l’exigent l’AELIES et la CADEUL.
Vouloir un règlement rapide et ne pas user de son seul moyen politique pour influencer la négociation, je trouve ça personnelement assez incohérent comme orientation face à un dossier politique.
L’ EFFET, AU FINAL :
Ici, je ne jette pas la pierre aux officiers élus, tous ne peuvent saisir la dynamique d’une négociation collective. Et le problème est justement à ce niveau.
Les délégués chargés de donner les mandats à l’exécutif en connaissent souvent très peu sur le monde des relations de travail. Quand vient le temps de se positionner sur un appui en cas de grève, les questions qui se posent tournent autour de la “perte de la session”, de la “prise d’otage” ou encore du fait “qu’ils ont les mêmes revendications que nous”, que “ce sont nos amis” et de “l’appui par principe”.
Ce qui manque, c’est le raisonnemnt en terme d’infuence sur les parties à la table de négociation. Plus encore, d’influence sur la logique interne des parties. Si, publiquement, un appui des étudiants peu sembler anondin, à l’interne d’un syndicat, cela peut avoir une influence sur les actions à venir.
La situations des CCS:
Quoi qu’on en disent, les chargés de cours sont des travaileurs précaires, pas tous, mais une grande portion d’entre eux. Ceux qui se mobilisent présentement, qui font vivre la grève, en font certainement partie. L’avocat qui arrondi ses fin de mois avec sa charge de cours n’est pas sur la ligne de piquetage.
Lorsqu’on exerce une profession axée sur les services ou le contact humain, faire la grève, c’est “hard” sur le morale. Car entre votre employeur et vous, il y a votre raison d’être. Accepter de faire la grève c’est accepter de nuire, pour un moment, au groupe qui vous passionne et qui vous motive à vous présenter au travail, chaque jour, malgré vos conditions de merde et votre salaire minable.
Lorsque le “ras-le-bol” se présente et que vous décidez de plonger, vous aurez toujours une petite pensée pour ceux pour qui vous travaillez normalement. C’est le cas pour les infirmières face aux bénéficiaires et pour les CCs face aux étudiants. Malgré tout, vous déclenchez la grève, en espérant que ça ne s’éternise pas trop. “Ils comprendront”.
Mais voilà que le conflit prend de l’ampeur. Que le chargé de cours, coincé entre ses conditions de travail et la session des étudiants, doute. Il sait qu’il est dehors pour les bonnes raisons, mais ses étudiants lui tiennent à coeur, et il ne veut pas leur faire perdre une session.
Quand le doute se présente. Deux scénarios :
1. L’appui des étudiants se manifeste. Les CCs, encouragés, se sentant appuyés par leur raison d’être, redouble d’ardeur dans leur mobilisation et engendrent ainsi une pression accru à la table des négociations. Le besoin de régler rapidement, avant que la mobilisation ne face boule de neige, se fait sentir pour l’Université. Pour un instant, l’appui des étudiants aura permis un “boost” de mobilisation de courte durée, mais d’une plus grande ampleur, qui aura mis fin aux négos.
2. L’appui des étudiants ne se manifeste pas. Les CCs, toujours en grève, ne voulant pas “rentrer à genoux”, poursuivent la négociation. Celle-ci devient de plus en plus ardu, et la mobilisation stagne. Quand les chargés de cours se demandent s’il faut baisser les bras, craignant une perte de session pour les étudiants, les principaux intéressés ne sont pas là pour eux. Ceux qui, en Assemblée Générale, demandent un retour en classe pour ne pas nuir à leur raison d’être, se font vite rabroué par les plus mobilisés : “Notre raison d’être n’est pas là pour nous, mais nous allons continuer de nous battre”. Et la négo s’étire, et s’étire…
Choisir d’appuyer ou non, c’est choisir son scénario. Mais dans tous les cas, il y en a un qui favorise “un règlement rapide du conflit”, commes les assos le désirent…
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[...] Moi. Chargés de cours. La grève. Fin. Jeudi 12 avril 2007, 10:11 Enregistré dans : L’actu, sérieux là! Je vous avais déjà parlé de ce dossier ici. [...]
Ping par Tetoine’s Palace avril 12, 2007 @ 10:11