Classé dans : L'actu, sérieux là!
Info d’abord tirée du blog Sur les lignes.
Une entente de principe est officiellement conclue dans trois secteurs d’activité de l’industrie de la construction. Ne reste plus que le secteur résidentiel.
Peu importe le contenu de ces ententes de principe. Elles ont quelque chose d’historique.
Pour la première fois depuis l’instauration du régime particulier de relations de travail dans l’industrie de la construction, la FTQ-Construction n’était pas assise à la table de négociation.
Après avoir réussi à mettre en place un quasi-monopole de représentation syndicale durant 30 ans (en terme de négociation on s’entend), la FTQ s’est vue écartée des négos par le biais d’une alliance entre les autres principaux syndicats actifs dans l’industrie (CSN, CSD, l’Inter).
Je doute que ce soit pertinent d’analyser en profondeur le contenu des ententes ici. Ce serait très technique et peu instructif pour ceux qui n’ont pas déjà une bonne connaissance du contenu des conventions par secteur.
Ce qui est intéressant par contre, c’est la dynamique intersyndicale qui prévaut dans cette industrie.
1. D’un côté, la FTQ-Construction. L’objectif de la “One Big Union”.
Des syndicats de métiers indépendant, tous rassemblés par la suite au sein d’une même association.
Vous avez bien lu: Syndicat de métiers. Les travailleurs sont donc regroupé en fonction de leur métier (surprise !) et non de leur région par exemple. Leurs assemblées seront donc constituées de travailleurs effectuant les mêmes tâches et l’intérêt immédiat de chaque syndicat sera de sauvegarder les compétences défini dans son champ d’expertise.
Avantage: Bonne connaissance des réalités du métier, sentiment de solidarité plus évident car même conditions de travail et réalité économique.
Inconvénient: manque de solidarité avec les autres corps de métier, risque de corporatisme sur les chantiers, conflit de compétence entre corps de métiers qui cause un manque de coordination dans l’application des tâches sur les chantiers.
Avec la formation du Conseil Conjoint de l’industrie de la construction dans les années 1990, elle aura presque réussi son pari. Une alliance avec l’Inter aura permis de représenter par le biais d’une seule association syndicale près de 72 % des travailleurs de l’industrie. L’alliance aura durée 6 ans. Certains la qualifiait d’association hégémonique, d’autres applaudissaient cette initiative d’unification. Plus d’infos sur le divorce ici et ici.
2. D’un autre côté, les associations de types industrielles, la CSD et la CSN, qui se battent pour l’existence d’une réelle pluralité syndicale dans l’industrie.
Le type industrielle, ça veut dire que le travailleurs ne fait pas partie d’un syndicat de métier avant d’appartenir à la CSD ou la CSN, il y est affilié directement.
Avantage: Solidarité entre les travailleurs de tous les corps de métiers. Cohérence sur les chantiers et possibilié d’une vision d’ensemble.
Inconvénient: Rapport de force moins grand en cas de conflit, car les métiers plus “stratégique”, capable de paralyser un chantier, demeurent dans des syndicats de métiers. Plus difficile à coordonner car besoin d’outils adaptés à tous les travailleurs. Besoins d’une grande expertise diversifiées dans toutes les régions.
Depuis plusieurs années, la CSN et la CSD font campagne pour mieux encadrer le principe de la pluralité syndicale dans l’industrie. Las des intimidations et du contrôle des chantiers par la FTQ-Construction (voir Chandler), ces syndicats tentent, non sans difficulté, de changer les mentalités de cette industrie.
Ces associations, surtout la CSD, parviennent tranquillement à gagner du terrain en terme de représentation. Mais malgré le fait que bien des travailleurs adhèrent à leur façon de voir l’évolution de l’industrie, peu d’entre eux sont prêt à faire le saut et à changer d’allégeance syndicale. La FTQ est encore puissante et plusieurs craignent de voir les portes des chantiers se fermer devant eux.
3. Il reste alors l’Inter, qui fait souvent pencher la balance en faveur d’un groupe ou d’un autre. Historiquement, elle est plutôt demeurée du côté de la FTQ. En effet, l’Inter est aussi organisée sous la forme de syndicats de métiers et la culture américaine de ce syndicat est plus compatible avec les racines de la FTQ qu’avec celles de la CSN ou de la CSD.
La dérape du Conseil Conjoint aura toutefois eu raison de cette alliance naturelle entre syndicat de métier et ouvert la voie à l’Alliance Inter-CSN-CSD qui négocie présentement.
Il faut donc comprendre que parmi les syndicats assis à la table de négociation, le plus gros d’entre eux (l’inter) est toujours organisé sous la forme de syndicats de métiers. On ne peut donc s’attendre à beaucoup de chambardement du côté des définitions de tâches, dossier qui aurait pu faire avancer considérablement le positionement des syndicats de type industriel dans l’industrie.
Il s’agit selon moi d’une alliance de circonstance qui avait pour seul but d’écarter la FTQ de la table des négociations. Un simple pied de nez.
Sans changement majeur, le balancier reviendra bien vite à l’avantage de la FTQ qui contrôle encore les métiers stratégiques de l’industrie de la construction.
Qu’on le veuille ou non, quand 5 grutiers arrêtent de travailler, ça paralyse plus le chantier que 40 manoeuvres qui arrêtent de mettre le Gyproc dans le container.
Quoi penser ?
En terme d’évolution de la représentation syndicale et d’adapation aux réalités de l’industrie, la structure sous une forme industrielle m’apparaît supérieure. Il est temps que l’industrie mettent fin aux chicanes de métiers qui minent les chantiers et que les quasi-monopoles de représentation éclatent afin que tous puissent travailler sans avoir peur de se faire intimider parce qu’ils ne font pas partie du “bon” syndicat.
À court terme, il me semble cependant évident que ce n’est pas le choix que les travailleurs font. La plupart d’entre eux demeurent au sein des associations de métiers. Celles-ci ont développée de nombreux avantages privés reliés à leur centrale qui maintiennent l’adhésion des travailleurs. De plus, en cas de conflit, le rapport de force et la capacité de mobilisation devient un atout à considérer pour les membres de ces organisations.
La réaction des travailleurs de la base à cette négociation constituera un bon indice de la tendance qui s’établira lors du prochain maraudage.
À suivre.
NOTE: Tetoine a déjà été à l’emploi de la CSD-Construction.
2 commentaires jusqu'à présent
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Pas sûr que “One big union!” soit un bon slogan pour qualifier une fédération de syndicats de métiers… À l’origine c’est le cri de ralliement des Industrial worker’s of the world, une centrale prônant le syndicalisme industriel qui s’est justement soulevée contre le syndicalisme de métier de l’AFL. Au Canada, ce fut même le nom d’une éphémère centrale qui prônait le syndicalisme industriel dans l’entre-deux guerres.
D’ailleurs, il manque à ta présentation l’aspect historique qui a un certain poids dans le dossier et qui explique (en partie) les positionnements des uns et des autres.
À l’origine, il n’y a que deux centrales dans la construction. La CTCC (ancêtre catho de la CSN) et l’Inter. La CTCC était formée de syndicats industriels régionaux (c’est encore le cas de la CSN). Elle était forte en région (où elle avait été favorisée par le clergé). L’Inter était formée de sections locales de très vieux syndicats de métiers américains (c’est encore le cas). Elle était forte à Montréal.
Tout a commencé à changer dans les années 1960, avec les grands chantiers commandités par l’État. L’Inter est sortie de Montréal, notamment pour aller à la Baie James. À l’image des Teamsters (et de combien d’autres syndicats américains?) elle a fait une alliance tactique avec une certaine pègre. En échange de l’accès aux chantiers éloignés pour certaines activités illicites (dope, jeu, cul, usure, etc.), la pègre fournissait la protect et des gros bras pour le syndicat. C’est probablement pas aussi simple que ça, mais c’est en gros ce qu’on en retient (et le fait que le boss de l’Inter de l’époque ait fini criblé de balle devant un café associé à la mafia n’améliore pas cette perception). En parallèle, il y avait dans l’Inter des gens ben clean mais très combatifs (ex.: Henri Gagnon, chez les électriciens, qui avait déjà une très longue feuille de route). Un moment donné ça a pêté et la FTQ a commencé à reconnaître des syndicats québécois (FIPOE, notamment). La FTQ-Construction est née en réponse à une intervention de l’État, c’était la seule façon d’éviter la mise-en-tutelle. En gros, l’Inter, qui ne voulait pas se réformer, c’est fait crisser dehors de la FTQ et les nouveaux locaux FTQ ont eut le feu vert pour raider l’Inter. Je ne sais pas trop ce qui est arrivé en premier mais un moment donné, l’État a mis en place le régime particulier de négo de la construction dans l’espoir de faire le ménage et de civiliser tout ça.
La CSN s’est battue très fort pour rester dans la course mais elle a été mise à terre en deux temps (encore là je ne sais pas ce qui est venu en premier). D’abord, la création d’une structure de négo provinciale l’a déphasée (sa structure à elle étant régionale). Ensuite, le split de 1972 (création de la CSD) lui a enlevé la plupart de ses membres en dehors de Montréal (où elle était déjà pas forte).
La CSD-Construction, qui a été créé à peu près en même temps que la FTQ-Construction, a gardé la structure industrielle mais scrapé la structure régionale pour s’inscrire d’emblée dans une dynamique de négo centralisée au provincial.
Par ailleurs, y’a un camarade de la CSN qui jette un éclairage intéressant sur tout ça sur mon blogue (à lire ici
Commentaire par Nicolas avril 13, 2007 @ 2:21Tout à fait d’accord que “One big union” est mal choisi, je connais les woblies, mais ça faut le dire aux conseillers-construction de la FTQ, pas à moi
..
Ta perspective historique est tres pertinente avec mon post, je ne pouvais l’intégrer directement, il était déjà assez long. Merçi. Ça fait plus complet.
Côté précision au sujet de ton “intervention de l’État”. Je crois que tu fais référence à la Commission Cliche (où siégait notamment Guy Chevrette et Brian Mulroney)suite au saccage de la Baie-James de 1974.
Cette commission à donné lieu à l’implantation du régime particulier de relations de travail dans l’industrie de la construction. L’essentiel de celui-ci s’applique toujours aujourd’hui. Un des principes de base est que la syndicalisation y est individuelle et obligatoire. Donc chaque travailleur choisi son syndicat, ce n’est pas le principe du monopole de représentation comme dans une usine.
Ce régime particulier a été instauré parce que les batailles syndicales entre la CSN et la FTQ ont dégénérés. À l’époque, à chaque fois qu’un chantier ouvrait, il fallait le syndiquer.
Quand la manne de la Baie-James s’est présentée, l’enjeu est devenu trop gros. La FTQ fou le feu au campement et paralyse le chantier. Résultat: 30 millions de coûts directs ou indirects. Par rose pour l’époque.
J’ai caricaturé là. Mais vous comprenez le principe.
Commentaire par tetoine avril 13, 2007 @ 10:42