De passage sur le site de la chronique de Phillippe Schnobb, j’ai été interpellé par un débat qui se déroule présentement en France. Certains questionnent la pertinence, pour un premier ministre, de tenir un blogue ou d’entretenir un blogue qui précédait sa nomination.
La question est d’actualité là-bas, puisque François Fillion, nouveau premier ministre, bloguait déjà depuis un certain temps et se questionne maintenant sur la poursuite de cette initiative.
Au Québec, nous avons eu un équivalent qui n’a pas trop engendré de débats. André Boisclair avait lui-même pris l’initiative de fermer son blog.
Aujourd’hui, il est vide. Pour les curieux, je vous rappel l’existence de la wayback machine.
Alors, un premier ministre peut-il bloguer ?
Certainement.
En principe…
Tout le monde peut bloguer. Pour ma part, la décision d’entretenir un blogue et d’en contrôler le contenu appartient à la personne qui a pris l’initiative de le créer. Point.
Cette réponse est plutôt facile. J’en conviens.
Il est donc beaucoup plus intéressant de se pencher sur quelques obstacles qui rendraient difficile pour un premier ministre (ou un politicien en général) d’entretenir un blogue:
1. Le contrôle du contenu
Ce n’est un secret pour personne, le discours des politiciens appartient parfois plus à leur formation politique qu’à eux-mêmes. Comment assurer l’authenticité d’un blogue quand une armée de conseillers décident déjà de votre habillement, de vos “lignes” de communication, de vos discours, de vos réflexes gestuels, etc. ?
Je pense qu’un politicien qui voudrait entretenir son blogue personnel subirait d’intenses pressions pour modeler son contenu sur les orientations de sa formation et serait sujet à de “fortes suggestions” de thèmes à aborder, à défendre ou à critiquer.
En ce sens, même avec la volonté de maintenir un blogue, il serait difficle pour un politicien de garder le contrôle absolu sur son contenu, sans risquer d’en assumer le prix politique.
Ce genre de politicien du style “esprit libre” existe déjà, mais ils finissent généralement président(e) de l’Assemblée Nationale.
2. Le risque médiatique et le noyautage partisan
L’arène politique et les rassemblements militants qui y sont reliés ressemblent plus souvent à un concours de paquetage de salle entre les factions opposées qu’à un réel débats d’idées.
En entretenant un blogue, un politicien s’exposerait au noyautage de son site par les partisans d’autres formations ou de militants “dissidents” désireux d’ensevellir son contenu sous une tonne de critiques.
Imaginez le blog d’André Boisclair, laissé “free for all”, après la défaite péquiste. Ça aurait fait un beau bijou.
Le pression est tellement intense sur les politiciens qui doivent constamment contrôler qui les appuient, qui les critiquent et comment les rallier, que l’ajout d’un blogue offrant une autre tribune à ceux qui veulent percer la carapace des décideurs engendrerait probablement une surcharge d’inquiétude un peu totalement inutile.
Sans parler du risque de récupération médiatique relié au contenu du blogue, de l’utilisation de citations, de portions de billets et de commentaires pour en faire des articles et des chroniques de tout genre…
Construire une ligne média et la faire passer est déjà un exercice complexe au quotidien. Le message serait difficile à tenir s’il fallait qu’en parallèle, un politicien s’exprime ouvertement sur le sujet.
3. Le temps
Un obstacle plutôt simple à saisir, mais majeur. Quand voulez-vous qu’un politicien blogue?
Entre deux soupers-spaghetti le samedi soir ou après la dernière rencontre stratégique qui a “encore” fini trop tard ?
Tout ceux qui se sont déjà impliqués dans un organisme, qu’il soit communautaire ou politique, savent à quel point on n’y compte pas nos heures. Alors le blogue, il prendrait probablement le bord… ou presque.
4. Une lueur d’espoir :
À la lumière de ce raisonnement, vous comprenez bien que j’estime qu’un politicien a le droit d’entretenir un blogue, mais que les obstacles reliés au contrôle de l’information, au noyautage partisan, à la couverture médiatique et au temps l’en empêcherait probablement.
En fait, je pense que présentement, les blogues de politiciens ne sont que le prolongement de l’orchestre de stratégies déjà en place pour reproduire toujours et sans cesse l’image et les messages méthodiquement élaborés par les organisations en place.
Ceci dit, je pense que les blogueurs citoyens que nous sommes évoluerons probablement avec une autre vision de cet outil.
Un politicien qui s’improvise blogueur souffre d’un déficit d’authenticité.
Mais un blogueur qui devient “progressivement” politicien pourra être jugé par la blogosphère s’il modifie son style et ses messages.
Reste à savoir quand la transitition du politicien-blogueur au blogueur-politicien s’effectuera…
7 commentaires jusqu'à présent
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Très intéressant!
Même si on enlevait le politicien à ton article, il y resterait une réflexion sur les répercussions actuelles et futures des blogues. C’est très excitant de sentir qu’on participe au début de quelque chose qui s’accentuera sûrement. Et surtout, qui deviendra plus en plus influent pour certains. En espérant que cela se passera du côté des humanistes…
Commentaire par Renart L'éveillé juin 6, 2007 @ 12:40Effectivement, il y aurait possibilité d’élargir mon raisonnement à une autre sphère que la politique.
Je pense aussi que l’on participe à une mouvance qui ne peut que croître pour le moment.
J’hésite par contre à conclure que la blogosphère deviendra plus influente uniquement “pour certains”.
Selon moi, cet espace restera toujours très hétérogènes et continuera d’être un lieu de débat perpétuel entre les idéaux qui composent notre société.
Je dois par contre avouer que ma motivation derrière ce blog fut au départ canalysée derrière l’objectif de diluer un peu ces nombreux blogues qui tiraient à droite. Aujourd’hui, je pense qu’on retrouve un certain équilibre.
Commentaire par tetoine juin 6, 2007 @ 1:06Salut
Au début de la lecture de ton article, je me disais “quelle bonne idée, je trouve le principe sympa !” (je suis français) mais en lisant ton passage sur la “liberté” du politicien-bloggeur, ça m’a un peu refroidi.
Mais sur le principe, je trouve qu’un politicien tenant un blog, c’est très bien, intéressant. Si ça devient juste une vitrine politique, l’intérêt est bien moindre.
Je me suis inscrit au blog pour voir comment il évolue, ce qu’il y dit,…
On peut se poser la question concernant l’auteur des articles :
http://www.blog-fillon.com/article-6665927.html : on pourrait croire que c’est lui
http://www.blog-fillon.com/article-6665971.html : “Fillon salue…” ; on pourrait douter, même si il peut s’agir d’un copier/coller d’un site de news.
Mais merci pour cette analyse
Commentaire par szdavid juin 6, 2007 @ 1:14@szdavid: Effectivement, le principe en soi d’un politicien directement en lien avec les citoyens par le biais d’un blogue est plutôt séduisant.
Mais comme tu l’as constaté, je doute que cela puisse être possible sans que le blog devienne une vitrine partisane.
Je ne doute pas de la bonne volonté et de l’authenticité du blog de françois fillion, mais considérant les contraintes qui entourent son métier, je doute qu’il puisse tenir le coup en tant que “vrai blogueur libre” très longtemps.
@général: j’en profite pour souligner que j’ai utilisé cet exemple pour mieux théoriser mon propos, sachant que je prenais un risque étant donné que je n’ai pas suivi en détail l’évolution du blog de M. Fillion et la polémique qui s’en suivi.
Commentaire par tetoine juin 6, 2007 @ 1:26Pour « certains », je voulais dire que ce médium, après l’effet de mode qu’il suscite, et l’obligatoire sélection naturelle que feront les utilisateurs favorisera l’influence de certains blogueurs, ce qui est déjà le cas.
Et effectivement, il y a un plus juste équilibre entre la droite et la gauche.
Commentaire par Renart L'éveillé juin 6, 2007 @ 2:53Si tu veux mon avis, je ne vois pas qu’est ce qu’il y a de mal à bloguer quand on est un politicien. De plus, il me semble que les gens qui vont visiter le blogue sont capables de faire la part des choses.
Commentaire par Anh Khoi Do juin 6, 2007 @ 7:41@Anh: Effectivement, il n’y aurait rien de mal.
Je ne prétend pas que les gens ne feront pas la part des choses, je prétend que le politicien, lui rencontrera plusieurs obstacles qui pourrait l’empêcher de maintenir un blogue “authentique”.
Si le citoyen-moyen fait la part des choses en distinguant le politicien du blogueur, en sera t-il autant des médias, des militants et des autres blogueurs partisans ?
@renart: merçi pour la précision…je t’avais mal compris. désolé
Commentaire par tetoine juin 6, 2007 @ 11:33