La semaine dernière, le monde a vu naître un nouveau leader dans l’industrie de l’aluminium; Rio Tinto Alcan.
Ce jour-là, tout le monde semblait s’accorder sur le fait qu’il fallait accepter ce “moindre mal”. Le président de l’Alcan tout comme la plupart des représentants syndicaux de la FTQ qui se sont exprimés en ce sens.
En toute franchise, les parties s’entendaient pour dire, avec l’information dont ils disposaient (ce détail est important), qu’il s’agissait d’une meilleure offre que celles reçues précédemment et que, de toute évidence, l’Alcan serait vendu.
Avouons que Rio Tinto a mis la gomme pour avaler l’Alcan.
De plus, étant donné que Rio Tinto était principalement impliqué dans les secteur du charbon et de l’uranium, l’aquisition d’Alcan constituait un nouveau créneau pour le consortium, donc moins de chance de rationnalisation.
Une seule ombre apparaissait alors au tableau: L’annonce immédiate de la mise en vente de la division “emballage” de l’Alcan.
Sourire en coin, un travailleur d’une usine d’emballage de Montréal résumait la vente de la façon suivante:
“Je suis icitte depuis 15 ans et avec toutes les ventes pis le brassage mondial, on a changé de boss 7 fois. Alors une fois de plus… C’est sur que ça déstabilise la shop, mais nous on est là pour veiller à ce que ça marche pareille. Peut-être qu’un jour ils vont comprendre…”
On peut donc accepter, avec scepticisme mais sans trop broncher, cette concession.
Ceci dit, le bât blesse quand on s’intéresse à la nature même de Rio Tinto.
C’est une business de ressources naturelles, d’extraction, du secteur primaire.
Est-ce que cela signifie qu’il faudra oublier la deuxième-troisième transformation du côté de l’Alcan?
Espérons que non. Et de ce côté, on ne peut rien prendre pour acquis.
La deuxième troisième transformation, vous savez, ce sont les business qui font vivre d’autres business qui font vivre d’autres business.
Pas celles qui remplissent un container de matière première pour aller fabriquer quelque chose d’autre ailleurs, celles qui fournissent une pièce pour envoyer à un autre fabricant qui fourni l’autre pièce pour l’envoyer dans tout un réseau de fabricants intégrés où la proximité est de mise pour diminuer les coûts.
Cette force de l’Alcan, c’est en partie la division “produit usiné”.
Après s’être engagé à ne pas se départir de cette division au moment de l’annonce en grande pompe la semaine dernière, le président de Rio Tinto mentionne aujourd’hui qu’ils vont se départir de toutes les activités “qui ne cadrent pas”.
Disons que c’est un barême plutôt large. Lorsque les journalistes font explicitement mention de la division “produit usiné”, le porte-parole marche sur des oeufs.
À chaque fois, la même histoire. On annonce l’acquisition d’un de nos joyaux puisque “c’est inévitable”. Pour mettre un baume sur la plaie, les grandes promesses suivent.
Mais il n’y a pas de secret: Quand une grande multinationale s’endette pour faire une acquisition monstre, la façon de se refinancer, c’est de démanteler, portion par portion, les activités qui ne font pas partie de son créneau principal.
Dans le cas qui nous occupe, on aura droit au secteur primaire. Wow.
Moi qui pensait qu’on avait compris la leçon avec le secteur forestier.
Quand les problèmes se présenteront, les travailleurs devront “comprendre”, “s’adapter”, “participer à la relance”.
Je suis plein d’illusion, je sais, mais ce jour-là, j’aimerais qu’on se rappel qu’on a déjà eu le choix, et que ce ne sont pas les travailleurs qui nous ont dirigé vers ce créneau là.
Le sale gauchiste capote ? Et bien, il semblerait que des analystes financiers et le patron de la Banque royale aussi.