Tetoine’s Palace


Propagande et conflits de travail.
juillet 9, 2007, 2:45
Classé dans : Statistiques, Syndicats, négociation collective, relations de travail

Syndicat = Grève

Voilà une équation qui, pour plusieurs, fait du sens.

C’est normal.

À chaque fois qu’on entend parler d’un syndicat sur la place publique, c’est souvent lorsque la négociation “pète” et qu’un conflit éclate.

Sur mon propre blogue, lorsque vient le temps d’aborder la question syndicale, c’est généralement pour commenter un conflit.

Pourtant, si vous voulez faire éclater de rire un conseiller syndical, faite-lui savoir que vous considérez qu’une grande partie de son travail est de gérer les grèves au cours des processus de négociation.

Lorsqu’il aura repris son souffle, le conseiller vous expliquera que lui-même et la plupart de ses collègues n’ont jamais eu à coordonner de grève au cours de leurs carrières.

Si vous ne me croyez pas sur parole, jetez un regard à ce diagramme en bâton;

Les données illustrent le pourcentage de conventions collectives signées au Québec, entre 2001 et 2005, avec et sans conflit de travail. (Source: Ministère du travail)

pphistoconflit2001-2005.jpg

En 2005, seulement 3.6% des négociations ont engendré un conflit de travail.

Des syndicats avec le couteau entre les dents ?

Des syndicats qui cherche l’affrontement ? Qui ne veulent pas négocier ?

Des syndicats qui ne veulent qu’entonner une chansonnette le long des piquets de grève ?

Allons-donc. Revenons sur terre.

Se construire une idée du rôle d’un syndicat à partir des front-pages de n’importe quel quotidiens québécois, c’est rejeter le rôle interne que jouent les organisations de travailleurs, au quotidien, dans nos entreprises.

Si je voulais faire une comparaison boîteuse, je vous dirais que c’est comme mesurer la dimension d’un iceberg en considérant seulement la portion qui sort de l’eau.

Présentement, au Québec, 8 négociations ont abouti à un conflit de travail, dont au moins 3 lock-out.


7 commentaires jusqu'à présent
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On dirait que notre conversation du week end dernier t’a inspiré!

Commentaire par Le Bro

Effectivement. Et ça faisait un petit bout de temps que je voulais écrire quelque chose là-dessus. Je cogite aussi sur la question de la relation trop facile effectuée entre un taux élevé de syndicalisation et un niveau de productivité plus bas.

Commentaire par Tetoine

Ce qui est comique, c’est que les seules fois où j’ai vu ces données mentionnées, c’était lorsqu’un quelconque ministre du travail disait que le Québec était une bonne place pour les affaires vu que les conflits de travail diminuent. Par contre, il n’y avait pas de distinction entre entreprises syndiquées et non syndiquées (quoi qu’il soit plutôt rare qu’un conflit de travail important se déclenche dans une entreprise non syndiquée, à l’exception peut-être de celles dont les employés veulent devenir syndiqués!).

Enfin, ces données m’ont amené à me demander, mon cher Tétoine si, du fond de ton palais, tu avais par hasard une comparaison “grève – lock-out” des conflits de travail des dernières années. Remarque que je fais mon paresseux et je pourrais bien aller fouiller moi-même, mais bon, tant qu’à avoir un expert!

- Jean-Luc

Commentaire par Jean-Luc

Bilan des arrêts de travail au québec en 2005 (p.14 pour les lock-outs).

(attention pdf)

http://www.travail.gouv.qc.ca/actualite/greves/greves_lock-out2005.pdf

Commentaire par Tetoine

Corrige moi si je me trompe mais après des années de ‘vaches maigres’ la tendance lourde est à une augmentation du nombre de conflits, non? Ça fait deux congrès d’affilé de la CSN où le nombre de conflits, de jours de conflits et de membres impliqués augmentent. Il y a quelques années, les TCA faisaient des conférences en disant que seulement 1% des négociations finissaient en grève et là on en est à 3, 4 ou 5%

Commentaire par Nicolas

Je ne sais pas si on peut parler de “tendance lourde”.

Les fluctuations ont toujours été présentes sur le plan des indicateurs du nombre de conflits, il faut donc regarder la tendance sur un plus grand nombre d’années.

De plus, les différents indicateurs ont tous leurs qualités et leurs défauts, et je ne peux tous les comparer adéquatement sans y mettre beaucoup de temps, ce qui pourrait faire un bon billet d’ailleurs.

Par exemple, le nombre de conflit ne permet pas de connaître leur durée et donc la “difficulté” des conflits alors que les jours-personnes-perdus et le nombre de travailleurs impliqués sont difficiles à comparer d’une année à l’autre parce qu’ils peuvent facilement être “faussés” par un long conflit dans le secteur public ou chez vidéotron par exemple.

Mais bon, voici une petite intuition basé sur les données du nombre absolu de conflit:

Il y a eu une hausse des conflits par rapport à la tendance des dernières années en 2005 (113 conflits et entre 99 et 105 les 5 années précédentes), mais une baisse exceptionnelle (données préliminaires) en 2006.

De plus, on peut observer une baisse marquée du nombre de conflit entre le début des années 80 et les années 90, et une stabilisation par la suite. Nous sommes passés d’au dessus de 250 conflits (1984; 295) par année alors qu’entre 2000 et 2006, le nombre de conflit s’est situé entre un minima de 36 (données préliminaires de 2006 jusqu’au mois de décembre, donc quand même fiable) et un maxima de 113.

Ainsi, l’année 2006 est caractérisée par une baisse exceptionnelle des conflits, tant au niveau du nombre absolu qu’en terme de jour-personnes-perdu et du nombre de travalleurs touchés.

source:http://www.travail.gouv.qc.ca/actualite/arrets/arrets2006.html

J’espère que ça t’éclaire un peu, mais bon, je ne suis pas de ceux qui pense que les chiffres expliquent tout. Avec un peu de recherche, il serait peut-être possible de confirmer ton intuition. Mais à vue d’oeil comme ça, je ne crois pas.

Désolé amis-blogueurs pour le côté plus technique de cette réponse, mais je pense que ça valait la peine.

Je traduirai probablement ce charabia dans un prochain billet plus clair et plus “vulgarisé”.

Commentaire par tetoine

@Jean-Luc: Selon Jacques Rouillard (Le syndicalisme québécois, Boréal, 2004), de 1985 à 2001 la proportion de lock-out dans les conflits de travail est de 21,5% contre 19,4% dans la période précédente (1977-1985). Je ne sais pas si la tendance actuelle est à la hausse ou à la baisse.

@Tetoine: depuis que je m’intéresse à la question sociale, un des truisme généralement admis est qu’après les tumultueuses années 1960-1970 la tendance gréviste est à la baisse. On explique ça généralement par les récessions et la nouvelle idéologie de conciliation des syndicats. Or, depuis le début des années 2000, il me semble qu’il y a une reprise de confiance et une hausse du nombre de conflits. J’avais l’impression que mon intuition était confirmé par la CSN qui voit un nombre record de ses membres en conflit.

Voici, entre autre, ce qu’on pouvait lire dans le rapport de l’exécutif au congrès de 2005 :

Un décompte rapide fait état de plus de 81 grèves ou lock-out qui, en trois ans, ont impliqué plus de 12 000 travailleuses et travailleurs de la CSN. Il s’agit d’un sommet depuis 1988 quant au nombre de travailleurs en conflit. Et encore, ces chiffres ne tiennent pas compte des conflits de moins de trois jours et de ceux à portée sectorielle qui ont aussi impliqué plusieurs milliers de travailleuses et de travailleurs dans les CPE, à l’aide juridique, chez les arpenteurs, à la SAQ, etc. Au total, le tableau est impressionnant.

Contrairement à certains réactionnaires, qui démonisent la CSN, je ne vois aucune raison de croire que ce serait différent à la CSD ou à la FTQ (qui ont, dans les deux cas, eut leur part de gros conflits récemment). Donc, j’en déduisais que, peut-être, “l’activité gréviste” (comme on dit) était finalement à la hausse. J’y voyais deux raisons: la vitalité économique et la difficulté de trouver des interlocuteurs prêts à ce prêter au jeu de la concertation.

Commentaire par Nicolas




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