Tetoine’s Palace


Essuyer la défaite ou chercher le compromis ?

Cette réflexion s’applique dans le contexte d’un groupe de pression qui prépare une campagne de mobilisation visant à renverser une décision gouvernementale.

La défaite politique peut-elle être plus payante à long terme qu’un gain obtenu par la voie d’un compromis ? (DILEMME)

Après avoir mobilisé leurs troupes, après avoir attiré l’attention du public, après être devenu un sujet d’actualité assez dérangeant pour que le gouvernement daigne bien vouloir s’attarder à leurs revendications, les organisations responsables d’une campagne doivent trancher: Négocier ou continuer les pressions sans réelle négociation.

1. Négocier:

Si les organisations responsables d’une campagne décident de négocier, le scénario classique s’enclenche:

Offre du groupe de pression, contre-offre du gouvernement, joute médiatique.

Les membres du groupe de pression poursuivent alors les négociations jusqu’au moment ultime ou ils croient que tout va s’effondrer, l’appui du public, la motivation des militants, la patience du gouvernement.

À cet instant, leur responsabilité sera d’en arriver à un compromis remodelé en fonction de la tournure des évènements mais qui se rapproche le plus possible des objectifs et des principes de départ de la mobilisation.

2. Continuer les pressions sans réelle négociation.

Si les organisations responsables d’une campagne décident de ne pas négocier, le gouvernement médiatisera une offre, deux offres, trois offres de compromis. Chaque fois, le groupe de pression devra résister et rejeter les offres par le biais d’une base mobilisée qui ne s’en laisse pas imposer.

Avec une chance inouïe, le gouvernement peut casser et le groupe peut obtenir “la totale”.

Sinon, le temps passera. Au Québec, nous avons une forte tradition de dialogue social. La population aime les compromis. De plus, en politique, les reculs complets sont plutôt rares.

Viendra alors le jour où, après avoir perdu l’appui de la population et devant un gouvernement qui ne veut pas fléchir au delà d’une certaine limite, le groupe de pression doit refaire un choix.

1. Prendre ce qu’il y a sur la table, oublier les objectifs de départ au nom du compromis. Calculer le gain à court terme et s’en satisfaire, en s’exposant au cynisme de la part de certains militants prêts à aller jusqu’au bout puisque c’est là qu’auparavant l’organisation les avait mené.

2. Rejeter la dernière offre et laisser tomber le mouvement. Encaisser la défaite dans un dernier cri de révolte. Maintenir nos objectifs de départ et nos principes, sans accepter de se plier à un gouvernement qui ne veut pas nous écouter mais cette fois, sans entente, sans résultat. Le statu quo.

Si on revient à la question du départ, le groupe de pression qui choisi ce dernier scénario fait le pari, contrairements aux autres possibilités, qu’une défaite politique peut être plus payante à long terme qu’un gain obtenu par la voie d’un compromis.

- Ce choix pourrait s’appuyer sur le raisonnement suivant: Bien que la mobilisation n’aie pas réussi à nous faire “gagner”, nous n’avons pas, en court de route, abandonné notre objectif de départ et les principes sur lesquels ils étaient fondés.

- C’est cette authenticité qui pourra nous assurer que lorsque viendra le temps de se remobiliser, les militants seront encore convaincus et motivés, malgré cette défaite. Ils le seront peut-être même plus puisque cette expérience de “la rue” aura su consolidé leurs convictions.

- Celui qui s’oppose à ce dernier scénario pourrait raisonner de la sorte: Si, après toute la campagne que nous avons mené, nous sommes incapables de “livrer” un résultat concret, les militants seront démotivés et ne voudront plus se remobiliser.

- Nous devons voir la question de l’atteinte de nos principe dans une perspective de long terme fondée sur plusieurs compromis. Nous devons à tout prix chercher la victoire qui se cache derrière notre mobilisation afin de réussir à monter d’autres campagnes dans l’avenir.

Voilà ou j’en suis dans mon questionnement. À osciller constamment entre le besoin de négocier et l’envie de me battre, coûte que coûte, contre des politiques qui, de toute façon, sont trop éloignées de mes idéaux pour favoriser un quelconque compromis.

Les billets où le blogueur ne tranche pas n’ont rien de “sexy” sur la blogosphère.

Ça, je l’ai compris.

Mais je tenais tout de même à vous faire part de cette réflexion, encore incomplète…

Peut-être que vous, votre scénario est choisi ?


5 commentaires jusqu'à présent
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Tetoine,
Il vaut mieux commencer par se battre pour ses idées, mes lecteurs assidus savent très bien que je souhaite une coalition gauche-droite afin de réaliser l’indépendance du Québec. Après on négociera !

Comment par AntiPollution

Étrangement,ta coalition gauche-droite est une forme de compromis à propos de tes idées politiques pour atteindre l’indépendance, non ?

Comment par tetoine

Il n’y a rien d’étrange là dedans,car l’indépendance c’est le but à atteindre et une coalition est un moyen pour atteindre ce but.

Comment par AntiPollution

Je comprend ton idée. C’est probablement ce qui explique encore la présence de militants de gauche dans le PQ et je te remercie de ton commentaire.

Mais à vrai dire, mon billet ne faisait pas vraiment référence à une cause menée par un parti comme l’indépendance, mais plutôt à de petites campagnes orchestrées par des groupes de pression à l’endroit du gouvernement.

Comment par Tetoine

Tsé Tetoine, la négociation c’est une réalité très syndicale. À part peut-être les étudiants, ça n’existe pas des groupes de pression qui négocient avec le pouvoir. En tout cas, pas de façon formelle.

Depuis 10 ans que je milite dans la branche la plus remuante du mouvement communautaire (le FRAPRU), je n’ai jamais vu de négociations. Ce qu’il y a c’est des représentations, des consultations, des pressions de tout ordre mais jamais de négociation comme telle.

(en fait, c’est pas vrai, il y a ‘négociation’ sur un certain nombre d’enjeux de financement et de reconnaissance des groupes communautaires… mais c’est pas de ça dont tu parle)

Ceci dit, pour revenir au vif du sujet. J’ai longtemps été partisan du radicalisme à tout crin et du refus de négocier et de ce compromettre. Mais c’est un cul de sac. C’est bon quand tu fais de l’agitation, de la propagande, pas quand tu fais des vraies luttes sociales avec du vrai monde, sur de vrais enjeux. On a pas le luxe d’être purs.

Aujourd’hui, j’ai adopté une perspective plus pragmatique. Je considère qu’il faut faire des gains. Sinon, à quoi bon?

Je me suis aussi rendu compte qu’il était contre-productif de refuser tout contact avec le pouvoir. Si les acteurs des luttes ne font pas les représentations nécessaires, d’autres les font et on se fait instrumentaliser par les franges plus molles des mouvements.

Maintenant je suis plutôt pour une intransigeance sur les principes, jumelée avec une flexibilité tactique. Le tout dans une perspective de rapport de force…

Il n’y a aucune raison pourquoi on devrait avoir peur de rencontrer un ministre des finances, un député de l’opposition, un haut fonctionnaire. Il ne faut vraiment pas croire à ses principes pour penser que le simple contact avec ses gens là va nous corrompre. On a des mandats adoptés démocratiquement, on les applique, c’est tout. On ne fais pas de compromis. On explique notre point de vue, on explique nos revendications immédiates et nos positions de principe et c’est tout. S’agit ensuite de rester digne. Nul besoin de faire des courbettes comme certains. Même pas besoin de dire merci…

Le radicalisme c’est d’aller à la racine des problèmes. Pas de s’enfermer dans une tour d’ivoire. Avoir des principes et un but final radical n’empêche pas de se battre ici et maintenant. J’aime bien la perspective anarcho-syndicaliste qui disait que les luttes concrètes pour le pain et le beurre, pourvu qu’elles soient menées dans une perspective de rapport de force (et non de quêtage), sont de la gymnastique révolutionnaire.

Comment par Nicolas




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