Classé dans : Blogues, Gesca, Marie-Claude Lortie, Patrick Lagacé, cyberpresse, journalistes, média, tâches
Je ne sais pas si le mot va se passer sur la blogosphère, mais les esprits antisyndicaux pourraient vite se réchauffer. Alors je tente de prévenir le coup.
Marie-Claude Lortie et Sophie Cousineau (Cyberpresse) nous apprennent que le Syndicat des travailleurs de l’information de La Presse (STIP) a demandé à ses membres blogueurs de suspendre leurs activités “dans le cadre de négociations avec la direction du journal sur les conditions de travail des journalistes et le développement de nouveaux contenus électroniques sur Cyberpresse.”
J’aime bien lire les journalistes-blogueurs sur Cyberpresse.
Mais comment situer ces salariés dans le monde des blogues ? Quel est leur propre relation avec cet outil de communication ?
Bloguer, est-ce une exigence de l’employeur ou un désir personnel du journaliste ?
Le dilemme dans tout ça c’est le caractère excessivement personnel d’un blogue et le fait d’être rémunéré par son employeur pour l’animer.
Pour l’employeur, le blogue fait nécessairement partie d’une stratégie de diversification qu’il inscrit dans ses objectifs d’entreprise.
Pour le blogueur, c’est peut-être un projet plus personnel qu’il anime dans le cadre de ses fonctions. Il a réussi à intégrer un de ses loisirs à son emploi. Enore une fois, cela doit dépendre des journalistes.
Sur le fond de la chose, je n’ai aucun problème avec le principe du blogueur-salarié.
Mais l’inclusion d’un salaire pour effectuer cette tâche situe le blogue du journaliste dans toute la dynamique des relations du travail au sein de l’organisation.
Le métier de journaliste semble évoluer à un rythme effarant.
Prenons Patrick Lagacé.
Il est un bon exemple de journaliste-blogueur intégré. En passant, j’ignore s’il a reçu cette directive et s’il est syndiqué.
M. Lagacé combine aujourd’hui un large éventail de tâches qui ne faisait pas partie du métier de journaliste il y a à peine dix ans. Il fait des reportages, il blogue, fait des vidéos, se retrouve dans un concours auprès de la clientèle et interview même des journalistes de La Presse pour que l’on puisse visionner le résultat sur Cyberpresse.
Toute cette évolution entre dans une stratégie évidente de l’employeur de concurrencer l’évolution multimédia des autres sites de nouvelles, notamment ceux des médias télé.
Gesca (Cyberpresse, La Presse, Le Soleil, etc.) ne pouvait pas intégrer des vidéos comme le fait Canoë (TVA), elle ne possède pas de chaîne télé. Elle s’est alors retourné vers ses propres journalistes pour participer à des vidéos et les inclure sur son site.
Il n’y a absolument rien de mal à ça. Cette entreprise a voulu développer un créneau qu’elle n’exploitait pas avant et en plus, elle a trouvé quelqu’un de très compétent pour relever le défi.
À la lumière de la situation qui se présente aujourd’hui, l’évolution de toutes ces tâches ne semble pas avoir été considéré dans l’ajustement des conditions de travail des journalistes blogueurs.
Il est excessivement important que l’évolution des tâches des employés soit accompagnée d’un exercice de concertation qui vise à les inclure dans ce processus, à faire comprendre la nécessité de ce changement (s’il est nécessaire) et à adapter leurs conditions en fonction de cette réalité.
Des journalistes qui travaillaient pour La Presse n’ont pas la même logique d’action, devant l’évolution de leurs tâches, qu’un employeur qui tente de conquérir un nouveau créneau.
Cela ne signifie pas que ces logiques sont irrémédiablement irréconciliables, mais cela signifie que le changement doit s’effectuer dans le respect de ces deux réalités. Sinon, il y aura une résistance telle que le changement ne pourra être implanté.
J’espère que ce moyen de pression n’est qu’un avertissement et qu’il ne constitue pas une preuve que l’employeur et les journalistes ont trop attendu avant de discuter de cette nouvelle réalité.
Dans ce cas, l’incompréhension pourrait durer encore longtemps.
Mise à jour:
Patrick Lagacé explique sa propre situation . Ayant un contrat directement avec Cyberpresse, il continue de bloguer. Idem pour François Gagnon.
Il cesse cependant ses autres activités multimédia (vidéo). Lagacé ignore le statut de M. Hétu et Laporte, d’autres blogueurs de Cyberpresse.
Les blogueuses qui ont suspendu leurs activités l’ont fait parce que le blogue était inséré dans leur définition de tâche de chroniqueuse à La Presse.
6 blogueurs, au moins 2 ou 3 statuts différents, pour la même activité. Ça vaut la peine de mettre les choses au clair.
Tant pour les employés, le syndicat, que l’entreprise.
12 commentaires jusqu'à présent
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J’en parle aussi sur mon blogue (pardonne la plogue!).
Par ailleurs, il faudra voir si Lagacé ne va pas se mettre en froid avec son syndicat. Le dernier tract syndical comporte l’encadré suivant:
Commentaire par Nicolas septembre 18, 2007 @ 11:09La multiplication des entités à l’intérieur de Gesca doit permettre cette approche de l’employeur. Je suppose par exemple que les employés cyberpresse ne sont pas syndiqués (je ne sais pas) mais que ceux de La Presse le sont. Il y a alors possibilité pour l’employeur de jouer sur les contrats et de contourner la convention.
Commentaire par tetoine septembre 18, 2007 @ 11:24À la lecture de ton billet, je constate que mon intuition était bonne.Merci pour la précision.
Commentaire par tetoine septembre 18, 2007 @ 11:28[...] c’est chose faite. C’est par une curiosité cybernétique que je découvre la nouvelle. Tetoine dans son palace bloglitique, parle d’une pause syndicale sur Cyberpresse dans un billet paru [...]
Ping par Blogeurs syndiqués ? : Un jour à la fois septembre 19, 2007 @ 12:55[...] of La Presse’s unions has sent its members a notice asking them to stop blogging on Cyberpresse as a pressure tactic. As a result, bloggers Sophie Cousineau and Marie-Claude Lortie have stopped their blogs with [...]
Ping par Fagstein » Cyberpresse bloggers shutting up septembre 19, 2007 @ 1:15Un petit point : Hétu et Laporte sont des pigistes et ne sont pas concernés par le syndicat. Tous les gens qui écrivent pour la Presse et qui ont la mention Collaboration spéciale sont des pigistes. Certains ont des contrats, d’autres non. Mais la plupart peuvent voir leur texte repris dans tous les médias de Gesca sans rémunération supplémentaire. Ce qui est souvent mon cas. Je ne suis pas rémunérée pour que mon texte soit sur Cyberpresse non plus….
Commentaire par Cecile G septembre 19, 2007 @ 12:43Très intéressant. Merçi beaucoup pour cette précision.
Décidémment, le cumul des statuts ne rend pas les choses simples dans le monde du journalisme. Surtout si l’on doit combiner les sources de publications. Ça sent la boîte de pandore…
Commentaire par tetoine septembre 19, 2007 @ 12:50En journalisme il y a les permanents et les pigistes. Nous n’avons pas les mêmes conditions…surtout financières. Beaucoup de pigistes sont sous-payés car nous n’avons aucun cachet minimum comme l’UDA. Mais la pige est merveilleuse. Pour en savoir plus sur la situation de la pige au Québec ( qu’ignore beaucoup de monde) voir le site de l’AJIQ (www.ajiq.qc.ca)
Commentaire par Cecile G septembre 19, 2007 @ 3:00Merci Tétoine, la bannière est installée, il reste juste à la tester. Est-ce ok si les gens veulent la mettre sur leur blogue?
à propos, mais intéressant ton analyse…
Commentaire par Folliculaire septembre 19, 2007 @ 4:11[...] les plus consultés Pause syndicale sur Cyberpresse ?LNH et RDS; Les matchs du Canadien de Montreal sur internet ?100e numéro : Appuyons [...]
Ping par Vigile.net muselé: Le Devoir et La Presse au banc des accusés. « Tetoine’s Palace septembre 20, 2007 @ 10:17Ce qui me “dérange” dans le cas présent est que le blogue a un status différent de l’article, non?
Le relation est définitivement plus proche entre l’auteur et le lecteur. Pour ma part, je suis plus attaché à lire certains blogues sur cyberpresse.ca que cyberpresse comme tel. Au cours des derniers mois, je pourrais citer le cas de lecteurs qui ont suivi Patrick Lagacé ou Richard Martineau lorsqu’ils ont changé d’employeur.
Est-ce Gesca qui n’a pas su agir assez vite ou STIP qui y va trop rapidement? Il serait intéressant d’avoir des infos sur le déroulement des négociations.
Commentaire par Marc-André septembre 20, 2007 @ 4:00Voter commentaire est pertinent puisque le blogue n’est effectivement pas un article commeles autres. Mais je suppose que si une compagnie demande à ses journalistes de bloguer, ils doivent être rémunéré en conséquence.
Patrick Lagacé a changé de site pour bloguer, mais surtout d’emploi comme journaliste. Le principe de l’attraction des lecteurs que vous décrivez s’applique aussi pour les chroniqueurs écrits.
Pour ce qui est des détails entourant le déroulement de la négociation, je pense que nous n’en aurons pas, et c’est comréhensible. Il vaut mieux laissé les parties négocier calmement. Souvent, l’attention médiatique autour d’un conflit ne fait qu’envenimer les choses.
Commentaire par tetoine septembre 20, 2007 @ 4:08