Tetoine’s Palace


La Fédé des Cégeps contre le suicide
septembre 23, 2007, 4:30
Classé dans : Cégep, Fédération des Cégeps, jeunes, québec, suicide

Par ocoubou,

Bon coup de la Fédération des Cégeps qui se permet de sortir de son rôle essentiellement administratif pour intervenir sur un enjeu social important pour les jeunes au Québec : le suicide.

À ce sujet, nous avons souvent mentionné le caractère alarmant de la situation au Québec où le taux de suicide est un des plus élevés au monde. Ce thème semble si mystérieux que l’on pourrait même se demander si les Québécois ne seraient victimes d’une damnation particulière. D’un certain péché originel qu’il leur faudrait ainsi expier.

En fait, ce phénomène s’explique par une convergence de facteurs sociaux complexes sur lesquels je ne veux pas ici m’étendre. Je rappellerai tout simplement que la société québécoise a connu une modernisation plus récente et plus brusque que la plupart des sociétés avec lesquels nous avons l’habitude de nous comparer : France, États-Unis, Canada anglais et Angleterre où ce processus s’est étendu sur plusieurs siècles le rendant ainsi moins brusque et plus facilement assimilable.

La bonne chose avec cette explication sociohistorique c’est que cette crise d’identité collective pouvant entraîner plusieurs suicides est une phase du processus de modernisation et que cette phase devrait passer. D’ailleurs, elle passe! La pointe du phénomène a été atteinte au cours des années 90 et depuis le taux de suicide diminue tranquillement.

Toutefois, ce n’est pas parce que la situation s’améliore qu’elle ne pourrait pas s’améliorer encore plus rapidement et c’est pour cela qu’il faut encourager le type de campagne que mène présentement la Fédération des Cégeps. Allez voir sur leur site et signez leur Déclaration en prévention du suicide. Ce n’est pas une grosse analyse, mais tout ce qu’il faut présentement, c’est que l’on parle du suicide, comme on a parlé de la cigarette. Même si la situation s’améliore, les quelques jeunes que l’on pourrait sauver à chaque année si le suicide était moins tabou, si l’aide était plus accessible, ce serait toute une force pour notre société.

Il n’est pas normal ni acceptable que certaines personnes parlent encore du suicide comme d’un choix personnel ou encore pire d’un acte courageux. Le suicide n’est pas un problème individuel, c’est les choix collectifs que nous prenons, notre comportement vis-à-vis la souffrance et les représentations que nous entretenons à son égard qui créent ce phénomène. Nous avons donc une responsabilité collective pour enrayer ce fleau.

Ça semble cucu, mais il faut s’assurer que le suicide ne soit plus pour personne une réponse à quoi que ce soit. Le suicide c’est «une solution permanente à un problème temporaire»! (Mark S. Gold, The News About Depression, Bantam Books, 1986, page 290.)

Merci Bruno Marchand pour nous m’avoir ressensibilisé au problème!

Ajout de Tetoine: Le blogue Nouvelles non censurées aborde de très près la question du suicide sur son blogue. Ici et ici.



6 commentaires jusqu'à présent
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Lire un classique sociologique : Durkheim: le suicide. Le suicide est un fait social et si je ramène cela à de nos jours, la recherche de moyens pour s’enlever la vie passe pour un certain nombre d’entre-eux, par le web. Lisez les liens ajoutés par Tétoine.

Merci d’en parler les gars et je vais allez lire la déclaration!

Comment par folliculaire

le suicide n’est meme pas une solution!
malheureusement la personne qui passe à l’acte n’a pas la meme vision des choses qu’une personne équilibrée psychologiquement!

Comment par psynaj

C’est un peu drôle de dire que le suicide n’est pas une solution. Ce n’est peut-être pas la bonne, selon certaines valeurs, mais c’est une solution.

Il y différentes raison de vouloir se suicider. Et certaines d’entre elles, sont plutôt bonnes. Je dirais que la différence n’est pas si grande entre quelqu’un qui passe à l’acte et quelqu’un qui s’y refuse.

Ce sont les mêmes raisons, mais c’est la solution qui diffère. Deux façon de corriger un problème de fond, un problème social. Il me semble qu’une partie de la réponse part de la question suivante :”Qu’y a-t-il de significatif autour de nous ?”

Je dirais qu’a priori il y a très peu de choses. Chaque fois qu’on se penche sur cette question, plus le nombre de choses que l’on croyait significatives diminuent.

L’absence de sens, la rareté de choses suffisamment signifiantes pour en fonder d’autres, représente un problème de taille.

Ce n’est pas un problème de modernité, car celle-ci repose sur l’idée qu’un changement est possible, que l’évolution est possible, que notre situation peut s’améliorer, que nous pouvons en tant qu’être rationnel donner sens aux chose, donc la modernité est fondé sur l’espoir.

C’est un problème de postmodernité, l’antithèse de la modernité. La postmodernité signifie la fin de l’histoire selon certain, le relativisme pour d’autres ou, encore, l’expression de la société de consommation à travers la culture, la fin du progrès, l’échec de l’esprit humain, etc.

Ceci dit, comme je l’ai dit, si les raisons de se suicider sont présentes chez la plupart des êtres humains, ce n’est pas la seule solution possible et non plus la plus souhaitable. C’est pourquoi, le suicide n’est pas la “norme”.

Dans chaque personne qui se suicide, nous perdons en fait un peu la force du nombre qui est nécessaire pour pouvoir travailler collectivement sur des solutions qui corrigeraient les raisons de vouloir s’enlever la vie.

L’espoir réside dans cette possibilité de vouloir survivre et de travailler à redonner sens aux choses, à reprendre le contrôle sur notre civilisation.

Je n’apporte pas de recette, mais je m’inscris dans les gens qui refusent de s’enlever la vie, mais qui partagent les raisons de le faire.

Ma solution, elle repose dans l’espoir que suffisamment de personnes peuvent ressentir cette détresse et décide de se retrousser les manches pour donner une direction au bateau.

Je crois que le mal d’être est à la source de toute révolution, de tout changement. Il y a une force potentielle dans ce mal d’être et en cela réside ce sur quoi nous devons nous accrocher.

Je sais bien sûr que cela ne dresse pas un portrait exhaustif du phénomène du suicide, mais cela représente seulement ma modeste contribution dans cette réflexion sur ce triste enjeu.

En passant félicitation Tetoine pour ce billet et ne vous inquiétez pas, mon commentaire n’est pas un appel à l’aide, car dans les derniers retranchements, je sais que la vie c’est tout.

Comment par capitainevirgil

Précision: Ce billet est écrit par Ocoubou. (Voir haut du billet).

Comment par tetoine

Oups ! ;)

Comment par capitainevirgil

Bon mon cher capitaine ne reconnaît pas la plume de son pres! Toujours un peu rebelle!
Pour ce qui est des raisons de se suicider, tu auras compris que mon billet ne se voulait pas une réfutation philosophique de la pertinence du questionnement présenté, entre autres, dans le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus. Sur ce plan, je serais sans doute d’accord avec toi. Il peut d’ailleurs être important de s’avancer sur ce terrain pour en comprendre les motivations personnelles de chaque suicidé, d’en saisir la psychologie, la détresse. En fait, mon billet s’adressait plutôt aux autres, à tous ceux qui consciemment ou non ont fait le choix de la vie, afin de leur rappeler leur responsabilité à diffuser cet enthousiasme, à communiquer les autres solutions qu’ils ont trouvées à la détresse postmoderne, etc.
Il s’agissait surtout d’un rappel de notre responsabilité sociale dans le phénomène et d’un petit commentaire positif pour la fédé des cégeps qui, en tant qu’institution publique, assume cette responsabilité.

Sinon pour Folliculaire, merci de nous rappeler un grand classique de la sociologie : Émile DURKHEIM, Le Suicide. J’avais pensé l’évoquer pour présenter quelques caractéristiques des suicides aux Québec qui sont essentiellement égoïstes, c.-à-d. qui vise à mettre fin à une souffrance individuelle, plutôt qu’altruiste, ce que l’on pourrait remarquer dans d’autres cultures beaucoup moins individualistes. J’ai finalement jugé ces nuances un peu trop théoriques pour mon propos et je n’en ai gardé que l’essence : le suicide est un phénomène social. Merci toutefois de mentionner cette référence qui est plus que pertinente pour ceux qui veulent pousser davantage leurs réflexions sur le thème!

Comment par ocoubou




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